Aliénor & Conséquences ou La Deuxième Croisade (1147 – 1149)

Présentation Notes Historiques Casting

Présentation :

A l’issue de la première croisade, quatre principautés chrétiennes, appelées Etats Latins d’Orient, ont été fondées à l’issue de la Première Croisade : le Royaume de Jérusalem (1099-1291), la Principauté d’Antioche (1098-1268), le Comté d’Edesse (1098-1146) et le Comté de Tripoli (1102-1288). Gouvernées par des seigneurs francs, ces principautés ont réussi à s’imposer dans la région malgré leur superficie réduite, l’éloignement géographique avec l’Europe et des tensions récurrentes avec les voisins musulmans, mais également byzantins.

En 1137, à 3400 kilomètres à l’ouest de Jérusalem, dans la richissime ville de Bordeaux, se célèbre un mariage royal : l’héritier du royaume des Francs épouse la duchesse d’Aquitaine, la belle Aliénor. Les époux sont jeunes et inexpérimentés, et ils vont très vite se retrouver à devoir gérer les affaires du royaume, entre tensions vassaliques, conflits, manigances, le tout source d’erreurs politiques petites et grandes, de la part du roi comme de la reine…

Lorsqu’en 1144, 45 ans après la prise de Jérusalem, la cité d’Edesse retombe sous domination turque, l’Église, sous l’impulsion de Bernard de Clairvaux, lance le prêche d’une seconde croisade, à laquelle répondront aussitôt à nouveau de nombreux barons mais également pour la première fois de grands monarques tels que l’empereur des Allemands et… le roi des Francs et son épouse !…

Un périlleux voyage pour ce qui semble à l’époque l’autre bout du monde, et qui ne laissera indemne ni le monde chrétien, ni le couple royal…

 

Notes Historiques :

0’15” – Louis VII – Roi des Francs

Le titre de roi de France (rex Francie) est tardif. Depuis le début de la dynastie capétienne (fin du Xe siècle), c’est roi des Francs qui domine (rex Francorum), héritage de l’éclatement de l’empire carolingien en royaumes détenus d’une part par les Francs, (à l’ouest), et les Germains (à l’est).

Ce titre est significatif du fait que les rois se sentent maîtres d’un peuple davantage que d’un territoire, qu’ils connaissent mal et qui leur échappe en grand partie, éclatée en plusieurs seigneuries sur lesquelles leur pouvoir est lointain ou très limité. Le pouvoir du roi dépend donc surtout du lien qu’il entretient avec ses vassaux. Ce sera d’ailleurs tout l’enjeu de la dynastie capétienne (qui se terminera en partie avec Philippe le Bel) que d’étendre le domaine royal pour passer de roi d’un peuple à roi d’un pays.

1’05” – Philippe Ier

Philippe Ier (1060-1108) est le petit-fils d’Hugues Capet. Il fait partie des rois dits « sans visage » en raison de la quasi-absence d’informations que l’on possède sur eux. Pas qu’ils aient été insignifiants, mais les chroniqueurs ont eu tendance à les peindre en fonction de leur morale, qui n’était pas très reluisante. Philippe Ier est ainsi décrit comme cupide et impie. En même temps il avait de quoi s’attirer les foudres des religieux ayant pas mal pioché dans les revenus de l’Église pour renflouer les caisses de l’État. Il a également répudié sa femme Berthe de Frise (oui, nous aussi juste pour le nom on l’aurait fait) pour se remarier avec Bertrade de Montfort, qui était pourtant mariée au Comte d’Anjou, son vassal. Vous imaginez l’embrouille. Résultat, le Pape l’excommunia. Philippe ne réagit pas. Alors le Pape le frappa d’anathème. C’était en 1095, Philippe sera donc privé de Croisade. C’est son frère Hugues de Vermandois qui partira à sa place. Philippe continuera à vivre dans le péché jusqu’en 1104, où il rentra dans le rang. Il refusera de se faire inhumer à Saint-Denis par scrupule religieux et sa femme prendra le voile à l’abbaye de Fontevraud. L’ironie de l’histoire veut que Philippe ait été également l’un des premiers rois thaumaturges (qui guérissaient des écrouelles).

1’45” – “Il ne restait guère que quelques chevaliers…”

On estime qu’il ne restait effectivement que quelques centaines de chevaliers et quelques milliers de piétons, juste à Jérusalem, après la fin de la Croisade. La majorité des Croisés était rentrée, ayant accompli sa mission : délivrer Les Lieux Saints. Le tourisme, à l’époque, ils ne connaissaient pas…

2’08” – “Et c’est moi-même qui ai rédigé les statuts de la boîte…”

Rien n’atteste de manière explicite et officielle que Saint Bernard ait rédigé personnellement les règles de l’ordre du Temple. Tout au plus peut-on supposer son influence, en raison de son charisme et de son autorité à l’époque (ce dont avait bien besoin une structure aussi problématique que l’Ordre). En revanche, ce qui est certain, c’est qu’il a fermement soutenu sa création, lors du Concile de Troyes en 1129. Il faut bien comprendre, contrairement à ce que l’on pourrait penser, que la création d’un ordre religieux militaire soulevait déjà énormément de contradictions et de questions. Saint Bernard lui-même éprouvait de lourds scrupules quant à l’idée de moines armés. Or, en envisageant un ordre vertueux et supérieur au service des commandements divins et les faisant respecter dans une société gangrénée par les péchés des « chevaliers du siècle », Bernard pouvait défendre un idéal bien plus louable. Y compris auprès des concernés, comme dans sa lettre Éloge de la Nouvelle Milice, dans laquelle il rappelle que le Templier est un soldat sans orgueil ni haine. Un peu comme un Jedi. L’adoption de l’Ordre et sa reconnaissance par l’Église entérinait de manière officielle la notion de guerre sainte dans le christianisme.

2’25” – Zengi (1087-1146)

Le Turc Imad ed-Din Zenghi (pour faire court), surnommé le Sanglant par les chroniqueurs francs, se forge une solide réputation militaire et politique en remportant plusieurs victoires et villes dans l’empire Seldjoukide. Ataleg (gouverneur) de Mossoul à la demande des habitants désireux de résister aux Francs en 1127, il exploite les rivalités entre dynasties rivales pour s’emparer d’Alep en 1128. Puis, profitant de la bénédiction du sultan Mahmoud II, il entreprend une vaste campagne d’unification des provinces musulmanes afin de lutter contre les Francs et s’empare, malgré l’alliance entre Francs et Byzantins, d’Edesse en 1144. Mais ses visées expansionnistes attirent l’attention de Bagdad qui envoie un prince seldjoukide soumettre l’audacieux. Menacé dans son autorité, Zengi décide de consolider son royaume. Peu de temps, hélas. Il est assassiné deux ans plus tard dans son sommeil par l’un de ses esclaves qu’il avait surpris en train de boire son vin. Fondateur de la dynastie zengide, Zengi, est le père de Nour ed-Din ou Nur ad-Din(qui se fait reconnaître à Alep), et de Sayf-ad-Din (à Mossoul).

2’30” – Massacre des Arméniens par Zengi

Si Zengi s’était concentré sur les seuls Chrétiens francs, massacrés ou réduits en esclavage lors de la prise d’Edesse, c’est avec violence qu’il réprime le complot fomenté par la population arménienne de Mossoul pendant son absence. Ce complot, censé livrer la ville à Josselin II, avait été largement permis par la complaisance d’Aip Arslan, envoyé par Bagdad rétablir l’autorité seldjoukide sur l’émirat. Mais Zengi, apprenant la nouvelle, revint à temps et, fidèle à sa réputation, crucifia les conspirateurs.

4’25” – “C’est ça, la féodalité”

Pour faire simple, la féodalité, comme l’exprime Aliénor, c’est l’ensemble des institutions qui régissent les rapports entre le seigneur et celui qui lui est en théorie inférieur, son vassal (ou féal), autrement dit le lien personnel que constitue la vassalité, et le lien réel que constitue le fief (d’où l’expression de féodo-vassalité), qui n’est pas seulement la propriété du seigneur, mais l’ensemble des revenus qui doivent lui permettre d’assurer les services qu’il a promis à son seigneur. Donc des terres, mais aussi des droits (celui d’exercer la justice ou de lever l’impôt). Le vassal est aussi appelé fidèle car il a prêté serment de « foi » (fidélité) à son seigneur, autrement dit de respecter son contrat vassalique. Ces serments étaient prêtés sur des objets saints (de foi, donc), accomplis en public au cours d’une cérémonie dit d’hommage et signés d’un baiser (sur la bouche, comme symbole de la parole donnée et de l’intimité que nouait le seigneur et son vassal). Autant de marques qui engagent celui qui le prête. On comprend donc pourquoi un seigneur pouvait se permettre d’aller châtier fermement un vassal qui avait trahi son serment. Ce lien devient systématique à partir du XIe siècle dans l’aristocratie franque.

4’35” – Musique

Toute ressemblance avec le thème musical d’une célèbre série de médiéval fantastique serait fortuite. Ceci dit, l’histoire que raconte les paroles de ce thème est une belle illustration des problèmes entre vassaux. Demandez au seigneur de Castamere !

5’12” – “Dans leur langue d’oc bizarre…”

Au Moyen Age aussi on trouvait que les gens du sud avaient un drôle d’accent. Enfin, pas qu’un accent. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le royaume des Francs est resté au moins jusqu’à la Renaissance (et le fameux édit de Villers-Cotterêts) un pays où l’on parlait plusieurs langues sans qu’aucune soit véritablement officielle (à l’exception du latin). Aussi, suivant une ligne passant par Lyon et Limoges et coupant la France en deux, au nord et jusqu’à la Belgique actuelle (à l’exception de la Bretagne) on parlait la langue d’oïl ; et au sud, la langue d’oc (qui a donné, on l’aura compris, le nom à la région Languedoc mais aussi à l’Occitanie). Pourquoi cette différence ? Question de prononciation. Les deux expressions viennent du latin « hoc » : « cela » (pour dire « c’est cela ! » ou « oui »). Au sud, on a enlevé le « h », et au nord, on a rajouté « il » (pour « (h)o(c)+il, comme les Anglais qui utilisent encore cette formule déclinée à chaque personne (yes, it is). Notre « oui » est d’ailleurs l’héritier de ce « o-il » (qu’on prononçait aussi ou-il). Voalo. C’est cômme çô et pis cétou !

5’38” – “En ce moment l’Église a plutôt le vent en poupe”

S’il est une chose essentielle pour bien comprendre le Moyen Age, c’est le poids de l’Église sur l’ensemble de la société européenne. A partir du XIe siècle (au moment de la Première Croisade, donc), l’Église connait une profonde mutation : c’est la réforme grégorienne (du Pape Grégoire VII). Cette réforme définit les rôles de chacun par rapport à la religion, notamment en replaçant le pouvoir religieux entre les mains du seul clergé.

En rendant l’Église indépendante du pouvoir politique, la réforme lie également de manière durable les pouvoirs temporels (rois et princes) et spirituels (le Pape) selon de nouvelles modalités qui vont participer à son essor de manière considérable. Par exemple, la Paix de Dieu, qui impose l’arrêt ou, en tous cas, limite les querelles féodales et favorise l’instauration du pouvoir politique royal tout en conférant à l’Église une autorité morale supérieure.

Ce que le lancement de la Première Croisade, prêchée par un Pape, symbolise complètement. Le Pape devient l’autorité suprême en Europe. Rien d’étonnant donc à ce que fleurissent églises et abbayes et que les puissants tâchent d’être toujours dans les bonnes grâces de Dieu… comme du Pape. Car l’excommunication n’est jamais loin d’une petite bévue militaire.

6’07” – Le servage

La grande invention du Moyen Age Occidentale est d’avoir remplacée l’esclavage par le servage. Les marxistes diraient que ça reste de l’exploitation de l’homme par l’homme, mais la différence est toutefois sensible. Bien qu’en latin servus (le serf) renvoie effectivement à un homme privé de liberté, à partir du XIe siècle, le serf devient une personne dépendante de son seigneur, qui travaille le plus souvent sur ses terres mais paie des charges variables (en quantité comme en contenu) en plus de ses « services ». Pour résumé c’est un employé (qui s’est retrouvé à cette place par décision de justice le plus souvent) et qui paie ses impôts directement à son employeur.

6’26” – “L’accident bête…”

L’anecdote est grotesque et figure sûrement parmi les morts les plus stupides de l’histoire mais elle est vrai. Philippe de France, le frère aîné de Louis VII avait tout juste 15 ans, était déjà sacré depuis deux ans et associé au pouvoir royal, lorsque, au cours d’une marche à cheval dans Paris, le 13 octobre 1131, sa monture croise le chemin d’un cochon de ferme (porcus diabolicus !). L’animal fait un écart, se cabre, Philippe tombe sur une pierre. Il est assommé. On le porte dans une maison proche. On tâche de le soigner. Pas de chance : il meurt.

Un accident bête qui entachera de moqueries et de scepticisme superstitieux la légitimité des capétiens. Après cette date, les cochons – qui faisaient office d’éboueurs – furent bannis des rues de Paris.
L’historien Michel Pastoureau a sorti cette année un livre relatant cet épisode pathétique de l’histoire de France : « Le roi tué par un cochon », La Librairie du XXIe siècle.

6’50” – Guillaume Ier

Attention, accrochez-vous, car il y eut 10 ducs d’Aquitaine du nom de Guillaume. Ici il est question du premier, du patriarche, Guillaume le Pieux (mort en 918), duc d’Aquitaine de 898 ou 909 jusqu’à sa mort. On lui doit surtout la fondation de l’abbaye de Cluny qui, bien que non située en Aquitaine, dépendait de son domaine comtale dans le Mâconnais. Une fondation qui lui vaudra son surnom de Pieux.

6’53” – Abbaye de Cluny

La Fondation de l’abbaye de Cluny (910) marque un véritable tournant dans l’implantation territoriale de l’Église dans l’Europe médiévale. Résultat de siècles de conversion et de développement des pratiques religieuses chrétiennes à tous les niveaux de la société, ce petit monastère prend rapidement de l’importance grâce aux personnalités de ces premiers abbés qui lui confèrent un large rayonnement en Francie et dans l’Empire.
Suivant la règle bénédictine, Cluny se développe tellement qu’elle bénéficie de l’exemption, qui la place sous l’autorité directe du pape et la préserve ainsi de l’influence des princes. Célèbre pour sa liturgie somptueuse et un luxe que certains jugèrent par la suite trop ostentatoire, l’abbaye est alors le plus vaste monument roman d’Europe (dont il ne reste malheureusement presque plus rien aujourd’hui, l’ensemble ayant été détruit à la Révolution). Les moines noirs acquièrent un tel prestige que les dons affluent de toute l’Europe, et que des monastères se rattachent à l’abbaye pour bénéficier de son aura. Ce mouvement permet d’unifier les différents courants religieux, de sorte qu’à partir du XIe siècle, Cluny domine la vie religieuse d’une majorité de l’Europe chrétienne grâce à ses filiales réparties dans les différents royaumes. L’abbé de Cluny est alors le plus puissant personnage religieux d’Occident après le Pape. Au moment de nos confessions, Pierre le Vénérable (1122-1156) continue d’étendre l’influence clunisienne d’Europe. Ce qui ne plaît guère à un certain Bernard de Clairvaux et aux cisterciens…

7’13” – Guillaume X

Le dernier de la série des ducs d’Aquitaine, fils de Guillaume IX (logique) et père d’Aliénor. Guillaume X dit le Toulousain (où il serait né, en 1099, duc d’Aquitaine et de Gascogne, de 1127 à sa mort, mais aussi comte de Poitiers (sous le titre de Guillaume VIII, vous suivez ?), aimait la vie comme son père sans en partager le goût du risque. Esthète, ayant un goût prononcé pour la poésie, la fête et les plaisirs en tous genres, il transmet le duché à sa fille sur son lit de mort, en priant le roi Louis VI de la marier à son fils, Louis VII. Il meurt le Vendredi Saint 1137 sur le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.

7’20” – Hugues Capet

On l’oublie trop souvent mais le fondateur de la dynastie des capétiens est un personnage dont l’histoire mérite d’être connue et rappelée. A la mort de Charlemagne, ses fils et petits-fils se déchirent son empire. La Francie Occidentale nait de cet éclatement, myriades de comtés et duchés entretenant plus ou moins des rapports de vassalités aux rois des Francs, des Carolingiens puis, en alternance, une autre dynastie de princes, les Robertiens. A cette époque, le roi n’est pas héréditaire mais se fait encore élire par ceux qu’on appelle les grands. En 987, les grands élisent donc un Robertien, Hugues Ier Capet, à la tête du royaume. Malgré un manque de soutien de la part de ses vassaux, Hugues Ier peut s’appuyer sur celui de l’Église (ce qui n’est pas négligeable). Éloignant définitivement son rival Carolingien ainsi que son entourage, et associant rapidement son fils aîné au trône, Hugues impose sa famille sur le trône.

7’22” – Guillaume III

Surnommé Tête d’Étoupe en raison de la couleur de ses cheveux (oui, les sobriquets étaient gratinés à l’époque), Guillaume (910-963) est comte de Poitiers sous le nom de Guillaume Ier (934) puis duc d’Aquitaine sous le nom de Guillaume III (951) encore qu’il ne fut jamais reconnu comme tel et fut même désigné comme « comte du duché d’Aquitaine » avant d’être finalement appelé « duc » (c’est bon ? vous suivez toujours ?). Pourtant ce n’est ni le fils, ni le petit-fils de Guillaume le Pieux. Non, le nom de son père, c’est Ebles Manzer, parent de Guillaume le Pieux auquel échut l’Aquitaine faute d’héritier provenant de la lignée des Guillaume. Pour compliquer l’affaire, Guillaume IIII maria sa fille Adélaïde à Hugues Capet, fondateur de la dynastie des capétiens. C’est d’ailleurs son principale fait d’arme (ou de noce).

7’42” – “Le meilleur parti…”

Il faut bien comprendre qu’encore au début du XXe siècle, en Occident, une majorité des mariages étaient davantage de raison (d’argent) que d’amour (ou alors de l’argent, toujours). Dans la noblesse, l’intérêt financier incluait évidemment le territoire que l’on acquérait, et ces alliances pacifiques étaient privilégiées à celles des armes. Ces ambitions matérielles se passaient d’ailleurs du consentement des époux, et c’est ainsi que de (très) jeunes gens étaient mariés sans qu’on leur ait demandé leur avis. Par exemple, Aliénor avait entre 13 et 15 ans et Louis VII 17 lorsqu’ils furent mariés. On l’a vu plus haut, ce mariage, désiré par son père, impliquait le rattachement de l’Aquitaine au royaume de France, une nécessité pour les Capétiens afin d’élargir leur domaine, d’une part, mais aussi d’obtenir un débouché maritime qui leur permette de rivaliser commercialement mais aussi militairement avec les Plantagenêts, que l’Aquitaine intéressait aussi fortement pour consolider leur présence sur le Continent. Les prétendants ne manquaient donc pas et, sentant son heure venir, Guillaume X a opté pour un choix stratégique et de raison qui renforcerait les liens familiaux avec les Capétiens (déjà opérés sous Guillaume III) et éviterait à sa fille, mais aussi à son duché, d’être l’objet d’un clair qui eussent été bien contraire à la Paix de Dieu tant désirée par l’Église.

7’48” – Guillaume IX

Sans doute le plus romanesque et truculent des Guillaume. Guillaume IX, dit le Troubadour (1071-1127), est l’arrière-arrière-arrière-petit-neveu (par alliance) de Guillaume III. Duc d’Aquitaine et de Gascogne de 1086 à sa mort, Guillaume IX était un personnage atypique et aux idées marginales pour son époque (voire avant-gardistes) : critique à l’égard de l’Église et jouisseur incorrigible, il s’opposa régulièrement aux autorités religieuses, qui l’excommunièrent par deux fois. Ce qui ne l’empêcha pas de participer (en rémission de ses péchés, sans doute, ou juste pour l’aventure), à la Première Croisade (qu’il rejoint en mars 1101) puis au début de le Reconquista à la fin de sa vie. Fin lettré (une rareté à l’époque dans la noblesse), on conserve une quinzaine de chansons de lui (certaines très coquines), ce qui en fait le plus ancien et, par voie de conséquence, le meilleur des poètes de langue d’oc. C’est le père de Guillaume X et de Raymond de Poitiers, que nous verrons plus loin.

8’00” – Troubadours

C’est en Aquitaine, effectivement, sous le règne de Guillaume IX), que naît ce qu’on appelle aujourd’hui « la littérature de troubadours », dont la période la plus faste se situe entre 1180 et 1200. Il faut bien comprendre l’innovation de cette littérature, qui tranche par son caractère séculier et vulgaire (i.e. qui traite de thèmes non religieux) avec la littérature latine, exclusivement cléricale et majoritairement anonyme des siècles précédents. Lyrique, écrite et chantée en langue d’oc, cette littérature est marquée par la personnalité des compositeurs. On en a dénombré plus de 2500, attribués à 350 troubadours connus, tels que Cercamon, Marcrabru, Jaufré Rudel Bertrand de Born, Rigaud de Barbézieux, ou encore Bernard de Ventadour. Bien que l’on ignore son origine véritable, c’est une poésie aristocratique très codifiée, les troubadours appartenant majoritairement à la classe des chevaliers (autrement dit de petits seigneurs ayant obtenus le droit de porter les armes et de monter un cheval). Ces chevaliers-poètes traitaient essentiellement de deux thèmes : la guerre et l’amour. Deux formes dominent donc la production : la canso, ou chant d’amour et le sirventes, chanson engagée qui permettaient de sublimer les querelles entre seigneurs et les guerres privées sur le plan des idées, en valorisant les notions de largesse et de bravoure. Exploits guerriers et amoureux, conquêtes militaires et des cœurs, auxquels s’ajoutèrent au fil des décennies chansons politiques et satire morale. On peut cependant voir cette littérature sur un autre plan : ces troubadours incarnaient une aristocratie qui peinait à se faire respecter et à s’intégrer à la noblesse de sang. Leur poésie apparaît ainsi comme un refuge et une forme de résistance aux modèles imposées par l’Église, le mariage et la paix de Dieu, mais aussi comme une volonté d’indépendance à l’égard des grands seigneurs (princes et rois). Ce n’est sans doute pas un hasard si les troubadours disparurent avec l’autorité grandissante et la volonté de soumission des rois de France.

8’10” – Fine amor

La fin’amors, ou « amour courtois », dérive de la conception particulière de la littérature de troubadours qui accordait une place centrale et même fondamentale à la femme. Née dans les cours princières du Midi, cette courtoisie s’opposait à la « vilainie » des commerçants et des paysans. L’amour courtois est donc une façon aristocratique de faire la cour et l’amour. C’est ce qu’illustre la canso, qui invente l’idée d’un amour fait à la fois de passion et de spiritualité. Dans ce fin’amors, le service de la dame aimée se mêle à la courtoisie mais aussi au désespoir du poète qui ne peut pas espérer l’accomplissement de son désir (la dame reste la femme du seigneur) et qui doit, par conséquent, apprendre à le purifier. Chantant l’éloignement et la nostalgie de cet amour lointain, il devient ainsi le parfait vassal car la dame face à l’interdit de l’adultère mais aussi des lauzengiers, flatteurs et courtisans qui vont opposer des obstacles à sa passion. L’amour courtois est donc bien plus qu’un parler « romantique », c’est une conception éthique et résigné d’un amour-passion sublimé en actions valeureuses et morales.

8’20” – Excommunication de Guillaume IX

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Guillaume IX prenait les choses de la foi avec autant de légèreté que celles de la vie. Son excommunication, relève d’un concours d’infractions aux Commandements et surtout, à l’intégrité des institutions religieuses qui, on l’a vu, tenait le haut du panier à ce moment. Guillaume avait acquis des droits sur le comté Toulouse par la fille du comte, Philippe (oui, c’est son prénom, c’est bien une femme), qu’il épouse en seconde noce (et qui sera la mère de ses quatre enfants). Aussi, comme tout bon seigneur féodal qui se respecte, Guillaume entreprend une campagne pour imposer son autorité sur le comté (1113). Or à l’époque aussi l’argent était le nerf de la guerre, et comme Guillaume en manquait, il piocha dans les caisses de l’Église pour financer sa campagne. Ça, c’était une chose. Quelques temps plus tard, Guillaume, grands coureurs de jupons devant l’Éternel, abandonna sa femme Philippe pour l’épouse d’un de ses vicomtes (c’est la Maubergeonne de ses chansons). Pour l’évêque de Poitiers, Saint Pierre II, c’était trop : excommunication immédiate. S’étant racheté une conduite en Terre Sainte, Guillaume n’en mariera pas moins son fils à la fille de sa maîtresse.

9’20” – Louis VI

Louis VI dit “le gros”(v.1081-1137), c’est vrai, était gros. Doté d’un féroce appétit et d’une sérieuse descente, Louis VI règne de 1108 à sa mort, mais il doit être retenu pour son rôle dans le renforcement de l’autorité capétienne. Bien que son domaine soit encore limité, il lutte contre les seigneurs limitrophes pour étendre son autorité en s’appuyant notamment sur l’Église mais aussi sur le peuple, et en appliquant la stratégie du « diviser pour régner » sur les terres de ses vassaux afin de mieux les assujettir. De fait, il peut être considéré comme le premier roi capétien a imposé son pouvoir aux grands féodaux du royaume. Ses ambitions se heurtèrent néanmoins aux puissants voisins anglais et allemands. Le mariage de son fils à Aliénor était donc éminemment stratégique, alternative pacifique pour étendre l’influence des capétiens sur toute la partie méridionale de la France.

10’22” – Fleur de Lys

L’utilisation du Lys remonterait aux origines des Francs, dès Clovis. Il pourrait être une évolution graphique du symbole du crapaud, nettement moins classe, qui était un des symboles du mérovingien. Charlemagne l’employa également parmi d’autres symboles francs. Le bleu est la couleur de la France. Dans ce rôle ses origines sont anciennes : elles se situent vers le milieu du XIIe siècle, lorsque le roi Louis VII adopte deux attributs de la Vierge, le lis et l’azur, pour en faire les seules armoiries royales. Par ce choix, non seulement il rend hommage à la mère du Christ, patronne du royaume, mais surtout il tente d’effacer le souvenir d’une mort infâme qui, quelque temps plus tôt, a souillé tout ensemble la dynastie capétienne et la monarchie française : celle de son frère aîné Philippe, jeune roi de quinze ans, déjà sacré et associé au trône, tombé de cheval le 13 octobre 1131 à cause d’un misérable cochon de ferme vagabondant dans une rue de Paris.

11’47” – Vitry-en-Perthois

Si Aliénor retient principalement le problème posé par les noces de Raoul du Vermandois avec sa jeune sœur Pétronille, d’autres griefs opposèrent Louis au comte de Champagne. En 1141, Innocent II nomma le nouvel archevêque de Bourges sans consulter le roi, alors même que celui-ci avait un autre candidat en tête. L’archevêque mandé par le pape trouva refuge auprès du comte Thibaud de Champagne, un ami de saint Bernard, et le pape d’excommunier pour un temps Louis, Pétronille et Raoul. Un épisode douloureux dont le jeune roi n’a pas souhaité nous parler. Et ce n’est pas fini : lorsqu’en représailles le souverain envahit les domaines de Thibaud, l’excès de zèle de ses hommes provoqua un incendie dans le bourg de Vitry-en-Perthois, incendie qui emporta l’église où s’étaient réfugié près de 1 300 personnes dont des femmes et des enfants. En entendant les cris de ses victimes, le roi fut pris d’épouvante. Il écrivit plus tard à saint Bernard pour lui demander de l’absoudre de ses pêchés. Le moine lui répondit durement, avec audace, mais son intervention finira par permettre une réconciliation entre le roi, Thibaud de Champagne et le clergé. Et Vitry-en-Perthois fut rebaptisé pour un temps Vitry-le-brûlé…

13’17” – Deuxième croisade

Si l’initiative de la deuxième Croisade relève bien de Bernard de Clairvaux, elle est surtout le fait d’une fragilisation des États Latins depuis la reprise du comté d’Edesse par Zengi, l’émir de Mossoul. C’est également pour Louis VII l’occasion d’expier la tragédie de Vitry-en-Perthois (pardon : Vitry-le-brûlé !). Raison politique, raison morale, les conditions sont réunies, surtout que ce serait la première fois qu’un roi des Francs entreprendrait une croisade. Las ! les grands seigneurs, refroidis par la perspective d’une nouvelle expédition meurtrière et lointaine, refusèrent de partir. Louis VII demanda alors à Bernard de les convaincre avec son verbe mystique. C’est à Vézelay en 1146 que Bernard de Clairvaux prêcha la croisade, sur ordre du Pape Eugène III, seule condition qu’il exigeait pour son prêche. Succès total. L’entreprise sera lancée en 1147 et durera jusqu’en 1149.

23’00” – Mort de Raymond

Raymond trouva la mort suite à sa défaite lors de la bataille d’Inab le 29 juin 1149.

23’00” – “…qu’Antioche allait tomber”

Malgré la disparition de son protecteur Raymond, la ville d’Antioche résista finalement aux assauts des Turcs. Cette ville extrêmement fortifiée, qui avait nécessité huit longs mois de siège terrible aux croisés pour en faire la conquête, résistera encore vaillamment pendant plus d’un siècle, échappant aux musulmans, Saladin compris. Ce n’est qu’en 1268 qu’elle tomba finalement aux mains du sultan mamelouk Baybars.

24’00” – Guillaume et la Normandie

Et oui, car depuis que le duc Guillaume dit “le conquérant” a envahi l’Angleterre, celle-ci est liée au duché de Normandie, terre d’origine de ses nouveaux maîtres.

24’50” – Annulation du mariage d’Aliénor et de Louis VII

C’est au Concile de Beaugency, en 1152, que Bernard de Clairvaux exhorte Louis VII à répudier une fois pour toute Aliénor, c’est du moins la version officielle…

26’44” – Premier chant des Trouvères

Ce premier chant qu’interprète le groupe “Les Derniers Trouvères” se nomme “Miri It Is”, un chant anglais de la fin du XIème, début XIIème siècle… Pour les deux autres morceaux, pas besoin de note, non ?

27’42” – Abélard

Bernard de Clairvaux a en effet de quoi être admiratif. L’Histoire d’Héloïse et Abélard est certainement la plus belle histoire d’amour du Moyen Age. Pas étonnant que l’on doive au Romantisme l’édification d’un somptueux tombeau aux amants au Père-Lachaise. Pierre Abélard (1079-1142) était déjà réputé pour son esprit brillant dans le Paris de l’époque. Professeur à l’Université de la Montagne Sainte-Geneviève (qu’on n’appelait pas encore la Sorbonne), c’était un clerc séculier d’origine noble. Souvent opposé à son maître, il développa des théories philosophiques novatrices qui, élaborant des ponts entre raison et foi, fondèrent la pensée scolastique médiévale. Mais il est surtout resté célèbre pour sa liaison passionnée avec l’une de ses élèves, Héloïse, qui avait alors 17 ans (lui en avait une trentaine). Marié en secret à la jeune femme, qui lui donne un fils, Astrolabe, Abélard est malheureusement dénoncé par l’oncle d’Héloïse qui découvre la romance et le fait castrer par vengeance. Abélard trouve refuge au monastère de Saint-Denis et fonde l’oratoire du Paraclet, dont Héloïse sera l’abbesse. Menacé d’empoisonnement, critiqué sur sa pensée par Saint Bernard qui obtient la condamnation de ses œuvres à deux reprises, Abélard meurt à Cluny. Outre l’Histoire de ses malheurs, sa correspondance avec Héloïse figure parmi les plus beaux témoignages d’amour de la littérature… comme de l’histoire.

28’00” – “Elle est où ma tête ?”

La tête de Raymond fut offerte et envoyée au Calife par Nur ad-Din. Sympa le cadeau…

Casting :

Aliénor d’AquitaineArmelle Deutsch
Louis VIISamuel Debure
Bernard de ClairvauxBernard Métraux
Abbé SugerPaul Nevski
Raymond de PoitiersGuillaume Lefort
Henry IIAmaury de Crayencour
Les TroubadoursLes Derniers Trouvères

 

Photos des “Guillaumes” :

Guillaume X Sébastien Delecour
Guillaume III “Tête d’Étoupe” Massi Hammidouche
Adélaïde d’AquitaineLola Parmentier
Guillaume IX “Le Troubadour” Pierrick Jahier

 

Source principale :

Aliénor d’Aquitaine” de Régine Pernoud – Albin Michel – (nouvelle édition au Livre de Poche – 1983)